Voici le CR de la randonné, c'est ma sœur qui l'a écrit, pas moi.
Inverness-Brest
Premier voyage en autonomie, première aventure. On s'imagine le vol en avion, Édimbourg, la visite de la ville, le train jusqu'à Inverness, le départ à vélo enfin. Les journée qui s'enchainent avec toujours la découverte de nouveaux paysages, l'arrivée chaque soir dans un camping minutieusement choisi lors de la préparation du parcours. Mais jamais rien ne se passe comme on l'a imaginé et toute aventure a sa part d'inconnu et surtout d'imprévus. Toutes ces petites choses qui peuvent paraître frustrantes, désagréables puisque « ça devait pas se passer comme ça ! » Mais au final ce sont les imprévus qui laissent les meilleurs souvenirs et qui font que « notre » voyage est unique (et non pareil à un schéma préalablement défini dans nos esprits).
Je disais donc, jamais rien ne se passe comme on l'a imaginé, et ceci s'est avéré particulièrement vrai au début du voyage :
Dimanche 15 Août. Paris. C'est le matin et il pleut des cordes. Nous arrivons à Roissy Charles De Gaulle pour l'enregistrement de nos bagages, les cartons pour les vélos sont achetés et les vélos emballés. Première nouvelle : les vélos ne sont pas considérés comme de simples bagages mais nécessitent de l'argent en plus... 70 euros... par vélo ! « Gloups ! Ça rentre pas dans le budget ça !?! » enfin bon, pas le choix ! Puis un homme arrive, nous indiquant que le vélo de Thierry n'est pas bien emballé « Vous voyez là, ya l'guidon qui dépasse ! ». Nous lui expliquons alors qu'il nous est impossible de le baisser pour la simple et bonne raison que nos sacoches, contenant les outils, ont déjà été enregistrées et, à l'heure qu'il est, qu'elles sont probablement en route pour les soutes de l'avion. « M'en fiche, débrouillez vous, vous avez 10 min ! ». Dix minutes s'écoulent alors. Bien sûr en dix minutes la situation n'évolue pas et, non sans une argumentation musclée, il décide finalement d'enregistrer nos vélos. Après un rapide au revoir, le passage aux douanes, le contrôle des bagages à main (et autres) et une course effrénée vers la porte d'embarcation, nous atteignons enfin notre but ultime en matière de catastrophe : rater l'avion !!! Bon nous sommes reportés sur le prochain, plus de trois heures d'attente (une paille !!) dans le terminal de l'aéroport où un minuscule sandwich paraît plus cher qu'une bonne bouteille de vin à Bordeaux, où il est plus facile de s'acheter un flacon de Channel n°5 dans une boutique de luxe que de trouver les toilettes ! Enfin il est temps d'embarquer et, même si l'on est superstitieux et que l'on pense qu'un malheur n'arrive jamais seul, l'avion atterrit sans encombre à notre premier objectif : Édimbourg. Il fait beau et tellement plus chaud qu'à Paris. L'air est doux. Je pense que l'on peut raisonnablement appeler ce passage de l'histoire « le calme avant la tempête ! » En effet nous récupérons nos bagages mais nos vélos sont immanquablement absents... Bon c'est maintenant l'heure de savoir si mes huit ans d'anglais m'ont appris quelque chose ! (En fait je ne crois pas que l'on nous apprend à gérer ce genre de situation, en dehors du vocabulaire sur le réchauffement climatique et l'esclavagisme... Non je caricature un peu là !!). Enfin le fait est qu'avec mon anglais de française j'ai pu comprendre que nos vélos n'étaient pas arrivés (« non sans blague !!?! ») et qu'ils seraient peut-être (« peut-être ???? ») dans l'avion suivant. « Revenez vers 22h !! (smile) ». En attendant il faut trouver un endroit où dormir car sans nos vélos nous ne pouvons pas nous rendre au camping prévu, celui-ci étant trop excentré. Autour de l'aéroport il n'y a rien, excepté un hôtel où nous ne nous rendons pas pour deux raisons qui vont de paire : le prix et nos tenues vestimentaires (ha ha surtout le vieux jogging moche de Thierry !!). Après avoir airé pendant un temps indéterminé dans l'aéroport en quête d'informations nous nous rendons dans le centre ville d'Édimbourg dans les très typiques bus rouges à étages. Sièges en cuir et caméras de surveillance nous accompagnent donc jusqu'à Haymarket où nous passerons la nuit. C'est une sorte d'auberge de jeunesse qui en a l'apparence mais pas le prix... Après un rapide festin (pasta box sur un banc) nous retournons à l'aéroport. Il nous aura fallu attendre jusqu'à presque 23 heures pour voir enfin apparaître l'objet de nos plus grands désir à cet instant : NOS vélos !!! « euh attendez une minute ! Pourquoi NOS vélos ont-ils une apparence si miteuses sur ces chariots tous pourris ??? ». Apparemment pas de dégât pour le mien mais celui de Thierry a ses gardes bout complètement tordus … Espérons qu'un peu d'huile de coude sera suffisant à les redresser et que le vélo n'aura pas souffert d'avantage pendant le voyage qu'en apparence... Les vélos dormirons à l'aéroport cette nuit, on verra plus tard! Demain est un autre jour et en plus il fera jour! « Positivons.... positivons.......positivons...............po..siti....vons...... ».
Au matin de notre première, belle, radieuse, magnifique matinée en Écosse (avec tout ça, ça ne peut que bien se passer non ? … non ?) nous récupérons nos vélos à l'aéroport et retour à l'auberge pour un petit breakfast. Tout va bien, il fait beau, le ciel est bleu et les oiseaux chantent ! Enfin ça c'était avant que je me fasse voler mon sac de couchage sur mon vélo! Subitement rien ne va plus, il fait moche, le ciel est gris et les oiseaux se sont tus … Comme on dit un malheur de perdu, dix de retrouvés (c'est la version pessimiste de l'expression mais si bien appropriée à la situation !) . Allez haut les cœurs! En route pour la gare ! C'est pas tout mais on a une randonnée à vélo à faire nous, et elle part d'Inverness cette randonnée!
En Angleterre, pour faire 200km en train on met presque quatre heures. Quatre heures d'attente. Quatre heures de lecture. Quatre heures de « vais-je retrouver un duvet ou est-ce que je vais me les peler pendant 6 jours ? Les galères sont finies ou commencent-elles seulement … ? »
Inverness est une très jolies ville tout au long de l'eau. J'aimerais y rester plus longtemps mais le retard s'accumule alors que nous ne sommes même pas encore partis. Juste le temps d'avoir au moins une fois de la chance : un magasin de sport apparaît tout droit sorti d'un de mes rêves !!! Achat d'un super sac de couchage (en solde en plus) et sans plus tarder nous nous mettons en route pour une petite étape le premier jour, car il est déjà 17h30. Le coin est magnifique, nous sautillons de lac en lac avec passage obligé par l'éternel Loch Ness. Un clin d'œil de Nessie (c'est le nom que je donne au monstre) et la petite route vallonnée défile à toute allure sous nos pneumatiques. Les premières gouttes d'une fine pluie pointent leur nez, nous incitant, à la vue d'un camping, à faire halte pour la nuit.
J'aime beaucoup les camping en Angleterre. Il n'y a en général aucun emplacement délimités mais seulement une vaste étendues d'une petite pelouse verte et moelleuse « a nice little green lawn » comme on dit là-bas. Il arrive parfois que les petits habitants de ces endroits douillets nous rendent visite : les « midges » que je traduirais simplement par « énorme nuée immonde de vicieux moucherons qui vous repèrent à 100 mètre et vous attaquent en masse » ! Impossible de s'en débarrasser, mais un vieux sage m'apprend plus tard que seuls les locaux, qui se transmettent le secret d'une recette de grand-mère anti midges de génération en génération, savent anéantir ces néfastes! Mais heureusement pour nous ces petites bestioles ne nous rendirent visite qu'une fois !! Les nuit sont parfois fraîches et la plupart du temps très humides. Il nous arriva ainsi plusieurs fois de nous réveiller dans l'eau (en maudissant l'Angleterre et tout ce qui lui est associée !!) « on aurait du aller en Italie !!! ». En vérité Août est un peu tard dans la saison pour aller en Angleterre, les mois à privilégier étant Juin ou Juillet. Il ne nous arriva qu'une seule fois de ne pas dormir au camping (celui désiré n'accueillant pas les tentes mais juste les caravanes et camping-car). Nous optons donc pour un B&B : le propriétaire de la petite maison est très accueillant et la chambre est d'un luxe inattendu, confortable et douillette à souhait !! Le petit déjeuné pour deux peut facilement nourrir quatre personnes, c'est vraiment copieux et bon. A Bristol nous dormons chez un cycliste français rencontré sur un forum : c'est une ville très agréable où nous apercevons le fameux pont, emblème de Bristol (qui soit disant passant est jumelée à la ville de Bordeaux, le port de Bristol accueillant dans le passé le vin venant de Bordeaux).
A peine le soleil pointe-t-il à l'horizon qu'il faut partir. Chaque matin, alors que nous enfourchons nos montures, nos montre affichent avec une précision hors du commun 7 heure pétante! Autant partir tôt et ne pas arriver trop tard. En effet les journées sont riches en kilomètres (160 à 200 km selon les jours) et loin d'être pauvre en dénivelé (environ 1400 m par jour) ce qui pour moi est loin d'être une mince affaire !!! Bien sur je ne parle pas de mon frère qui, en me voyant super fatiguée, s'étonne : « c'est de la rigolade !! » et m'annonce heureux de lui : « tu sais il reste encore 5 étapes, on n'en a fait que 3! ». Je pense que c'est à partir du troisième jour que les choses ont commencé à se corser pour moi : jamais eu aussi mal aux jambes de ma vie !! Étant chargé, le vélo est très lourd, ce qui n'arrange pas les choses. C'est difficile mais une fois la barre des 140 km passée, le reste n'est que pacotille (enfin presque !!).
Nous traversons souvent la campagne écossaise et anglaise avec son lot de moutons en tous genres et un vent relativement gênant « De face !! Pourquoi toujours de face ?? ». Mais en à peine 20 km le paysage peut changer du tout au tout : la montagne nous accueille. Nous visitons des lieux qui nous surprennent par leur beauté et surtout par leur caractère inattendu. Entre autres les High Land en Écosse sont magnifiques : c'est un paysage qui n'est pas sans nous rappeler celui des Alpes. De plus en Angleterre on est pas avare de forts pourcentages : c'est ainsi que devant nos yeux apparaît, dans toute sa majesté, un sympathique col qui indique 20%. En effet c'est un pays où le terme de lacets n'existe pas : c'est tout droit !! « un col que quand t'es en bas tu vois le haut !! ». On trouve également des endroits où entre montées et descentes, puis descentes et montées de 15 à 20%, le plat est absent. Pas moyen alors de prendre de l'élan, c'est en fin de descente qu'il faut changer de développement pour avoir une chance de peut-être terminer l'ascension de la côte suivante! Malheureusement cette méthode soigneusement pensée ne me permet pas de franchir ne serait-ce qu'une seule côte sans descendre de mon vélo. Et le pire c'est que c'est aussi dur à pied!!! Je me rappelle m'être dit que cette journée à vélo était la plus difficile de ma vie... (sur les 80 derniers km : environ 2 000 m de dénivelé !) . C'était la dernière étape en Angleterre avant de prendre le bateau à Plymouth. Pendant une pause barre de céréales très méritée naît alors, au fin fond des méandres du cerveau de Thierry, le problème suivant : « Amélie et Thierry ont encore 40 km à faire, sachant que le bateau part dans 6 heures et sachant qu'il faut arriver environ 1 heure en avance, quelle moyenne devront-ils tenir pour arriver dans les délais ? ». Moins de 10 km/heures, je sais même pas si on va pouvoir le faire !!! (Finalement nous finirons par y arriver : « we can do it !!! »). Quoi qu'il en soit, que ce soit les lacs écossais, la campagne anglaise ou la montagne, l'Angleterre est un beau pays qui me laissera de très bon souvenirs.
Tout au long du voyage il nous est difficile d'éviter les grandes routes. En effet nous ne pouvons nous permettre d'empreinter le chemin des écoliers que rarement, sinon cela augmenterait considérablement le nombre de kilomètres. Ainsi quand nous ne pouvons faire autrement la circulation est dense, la route paraît longue (surtout si, comme bien souvent, le vent n'est pas avec nous). Par contre les anglais sont très calmes au volant, ils conduisent bien, ne nous frôlent pas. Sur 1250 kilomètres je pense qu'on a du se faire klaxonner 2 fois, peut-être 3 maximum.
Si l'on me demandait ce que je pense des anglais je dirais qu'il est merveilleux d'être aussi aimables et serviables dans un pays où le temps est si mauvais. A croire qu'ils ait besoin de compenser par leur bonne humeur! A l'image de leurs petits cottage, les gens sont charmants, toujours prêts à vous aider si vous êtes perdus. Si vous regardez une carte dans la rue, il n'est pas rare qu'une personne vienne vers vous, vous demandant s'il peut vous être utile sans que vous ne lui ayez demandé quoi que ce soit. Alors que nous traversions Glasgow (ville industrielle où nous avons galéré longuement !) un cycliste nous a proposé de le suivre et nous a mis sur la bonne voie.
En ce qui concerne les repas, nous ne vérifions pas vraiment le stéréotypes d'une nourriture franchement mauvaise dans la mesure où nous pique-niquons. Bien sur il n'était pas pensable de quitter l'Angleterre sans goûter le fameux « Fish and Chips ». Verdict : « nourrissant !!! mais pas excellent, sauf les frites qui sont très bonnes ». Je crois que l'on se fait un mythe de ce plat composé d'un énorme poisson frit et de frites aspergées de vinaigre. On trouve de nombreux gâteaux secs, brioches et muffins pas mauvais du tout ! Nous nous arrêtons également dans une baraque ambulante et prenons un burger : dégoulinant d'oignons frits et de fromage coulant et fourré d'un steak tout gris. La cuisinière me demande d'un air très naturel : « do you want some butter in your burger ? » Du beurre ? Comme si c'était normale de mettre du beurre dans un hamburger déjà super gras !! « euh non merci madame, ça ira ! » A Bristol, les gens chez qui nous logeons nous emmène diner dans un restaurant typique de la ville : un restaurant indien ! En effet le quartier industriel est habité en majorité par la population indienne, immigrant après la décolonisation pour trouver du travail.
Ah oui! J'ai bien failli oublier de vous parler du temps que l'on a eu : il a fait …. (roulement de tambours) … mauvais !!! Ben ça il fallait s'y attendre mais finalement même s'il a plu tous les jours, le soleil était également au rendez-vous! Nos vêtements mouillés par la pluie étaient exposés sur nos portes bagages et séchaient presque toujours.
Le mot de la fin : on dit que les voyages forment la jeunesse et je pense cela véridique! L'expérience a été très belle et si on me proposait de recommencer, je n'hésiterais pas une seconde. J'irai peut-être ailleurs par contre (à cause du temps...). Pourquoi pas Budapest-Strasbourg ?
Amélie
Ps : juste un petit conseil : surtout évitez Air France pour le transport des vélos !!!