Un peu long, mais toujours moins que l'épreuve elle-même...
Bonne lecture à tous.
1000 du SUD – 7-10 septembre 2016
Mardi 6 septembre 2016, 6h45, je pars en vélo au travail, comme presque tous les jours, même horaire, même route, mêmes voitures.... à une différence prêt, j'ai un sac à dos et une sacoche de plus de 4 kilos à l'arrière du vélo... En effet, après ma journée de travail, Thomas, vous savez.... passe me récupérer à Vitrolles avec son camping-car et nous partons pour Carcès dans le Var afin d'être au départ le lendemain matin d'un désormais mythique "Brevet de Randonneurs Mondial" :
le 1000 du SUD.Après une heure de route, par une chaude fin d'après-midi, nous arrivons à Carcès. Accueillis cordialement par
Sophie et son équipe, nous faisons rapidement les dernières formalités d'inscription avant de prendre place sur la grande table pour le couscous partagé entre les cyclistes férus de longue distance. Une bonne partie des gars présents ont déjà réalisé ce brevet et même 5 fois pour 2 d'entre eux (en 2016, c'est la sixième édition et un Anglais décédé accidentellement en début d'année est le 3
ème cyclo à avoir fait les 5 éditions précédentes). Retrouvailles de certaines têtes connues,
Michel de Nice, Pascal de Mulhouse et discussion autour de l'allègement possible de la sacoche en fonction de la météo prévue...
Dans la soirée, nous allons nous coucher, car la prochaine vraie nuit n'est prévue que pour vendredi soir.... et nous sommes mardi soir....
Difficile de trouver le sommeil, entre la chaleur de cette nuit Varoise, l'excitation du départ tant attendu depuis des mois et les interrogations concernant les derniers préparatifs...
Vers 5h30, je me réveille (peut-être par le bruit des bus scolaires stationnés sur le même parking....), c'est un peu tôt pour un départ à 8h00... impossible de me rendormir...
6h30, finalement je me lève, quitte à ne pas dormir, autant prendre plus de temps pour le petit déjeuner et les derniers préparatifs...
Petit déjeuner, en commun, fort sympathique dans la grande salle où l'on parle météo et matériel. On peut voir dans la salle des vélos anciens et lourdement chargés.... sans doute proche de 25 kg. Et dire que je trouve le mien trop lourd en mode longue distance avec ses 12 kg, sacoche chargée et tous pleins faits....
Nous sommes 4 du Team "
Cyclosportissimo" :
Thomas, mon compagnon de route sur mes défis longue distance (plusieurs BRM, le PBP et des rides perso en commun), un bon rouleur, dur au mal.
Pascal, qui a déjà validée 4 1000 du sud, un bon grimpeur ultra expérimenté.
Marc, que je ne connaissais pas, et qui part pour son 6
ème 1000 du sud...
La veille au soir, Pascal nous a mis en garde sur la façon de rouler de certains bons cyclistes présents qui ont tendance à prendre les roues (et les bonnes) et à ne pas trop mettre le nez à la fenêtre... Ce n'est bien sûr pas une compétition, et ce n'est pas vraiment l'esprit de la longue distance, ou quelque soit son niveau, tout le monde doit participer (à sa mesure bien sûr) afin d'aller loin.
Avec Thomas et Pascal, nous pensons bien faire la route ensemble, et décidons de partir en fin de peloton de la seconde vague de départ.
8h00 : la première vague d'une vingtaine de cyclos est lachée par Sophie. Nous faisons alors pointer notre carton de route, sésame à présenter à chaque contrôle.
8h08 : nous partons. Dès les premiers 500 mètres, à la sortie de Carcès, nous sommes en tête du groupe, et dès les premières bosses vers Cotignac, nous ne sommes plus que 3.
Nous partons vite, mais c'est aussi ça le plaisir du vélo, rouler à la vitesse que l'on veut, que l'on peut. Pour l'instant, nous pouvons rouler vite, alors.... nous roulons vite, et même très vite.
Mon cardio monte à plus de 160, alors que je ne devrais pas dépasser 140...
J'ai toujours peur de ne pas faire ma part de travail, et je relaye donc très rapidement soit Thomas soit Pascal, et c'est entre autre comme cela que la vitesse augmente...
Sortie de Cotignac, nous finissons de doubler les premiers cyclos de la première vague de départ, et quelques un "sautent" dans nos roues. Dans la rampe suivante, Pascal se porte en tête du groupe, et accélère progressivement mais inexorablement. La sélection se fait par l'arrière, et en haut de la bosse, nous ne sommes plus que 3 (et 3 Cyclosportissimo) dans la descente, Thomas et moi prenons la suite afin de creuser un petit écart, nous sommes quand même un peu compétiteur dans l'âme...
Direction Rians, nous roulons toujours aussi fort, et nous décrochons même un "kom" (sur l'application Strava) de 17 minutes avec les sacoches et un solde de kilomètres à faire de plus de 950...
Il fait grand beau, nous sommes sur les mêmes routes que le départ du brevet de 600 km de 2015 (qualificatif pour notre PBP). J'espère juste que la nuit sera meilleure....
Nous traversons la Durance par le pont de Mirabeau (plus de 34 km/h de moyenne à ce moment). A partir de là, les montées seront plus présentes, la moyenne va baisser, mais pas tellement en ce qui concerne le rythme qui reste plus que soutenu.
A Beaumont-de-Pertuis, il est temps de refaire le plein des bidons à la fontaine malgré le panneau "eau non potable", la chaleur est maintenant bien installée, et Thomas a déjà bu de nombreuses fois à cette fontaine sans aucun soucis.
Nous passons Banon, montons sur le plateau de Sault (ou je commence à piocher un peu par rapport à mes 2 rouleurs / grimpeurs), avant de basculer vers Montbrun-les-bains par une belle descente. Dans celle-ci, j'ai des frissons, et un mal au ventre naissant m'inquiète.
Il va vite falloir que je trouve un WC, sinon....
Pascal veut pointer à l'office du tourisme, et je ne cache pas mon soulagement lorsque je vois celui-ci fermé.... ce sera pointage resto et test des wc.....
Rencontre avec
Eric (connaissance FB) qui nous attendait pour faire un bout de route ensemble... ce n'est pas le meilleur moment pour moi pour faire les présentations... désolé...
A ce moment, 153 km ont été faits et je suis physiquement mal, l'idée de l'abandon me traverse l'esprit mais tout de suite balayé par "il reste 5 heures avant la fermeture de ce contrôle, je peux faire une maxi pause si besoin avec un arrêt pharmacie.... avant de repartir".
Pendant ce temps, Thomas a commandé une pizza que l'on partage. Je m'enfile de plus 2 coca avant de retourner tester ce satané wc trop petit et trop chaud.....
Pascal est reparti, avec Eric, ne souhaitant pas faire de pause si tôt et pensant alors rouler plus tranquillement afin qu'on le rejoigne dans l'après-midi.
Une demi-heure après notre arrivée, nous repartons en direction du col d'Aulan que je connais bien et que je décide de faire vraiment tranquille. Malgré ma faible vitesse, qui me permet de voir la sècheresse du cours d'eau, j'ai une mauvaise crampe qui se déclenche sans prévenir, sournoisement. A ce moment, nous retrouvons Eric au bord de la route, roue arrière démontée, il a crevé 2 fois et attend une nouvelle roue apportée par sa femme pour poursuivre son parcours (sans doute avec d'autres cyclos du 1000 du sud à quelques encablures derrière)
Merci Eric.
Je ne suis d'habitude pas sujet aux crampes, mais là, je suis déshydraté. Dans un village un peu plus loin, je vide mes bidons pour les remplir à la source d'eau fraiche et potable... Il faut boire sans modération. Quelques dizaines de kilomètres plus loin (long faux plat descendant via St-Jalle), je commence à imaginer un arrêt bistro ou boulangerie pour prendre encore un coca...
A ce moment, nous croisons un vélo couché, et je reconnais
Nicolas (qui habite dans le coin) avec qui j'avais discuté lors du dernier BRM 300 d'Aix en juin dernier. Nicolas n'est pas présent sur cette édition du 1000 du sud.... dommage, il est le seul homologué en vélo couché.... une belle référence. Nicolas fait demi-tour, et à la faveur de cette route large et roulante nous rattrape rapidement, nous fait signe de s'arrêter pour faire une photo. A peine les vélos appuyés contre un arbre, Nicolas sort de sa sacoche du coca frais et des parts de gâteau maison. C'est le "drive-cyclo". Nous discutons quelques minutes en appréciant ce gouter bienvenu à cette heure chaude de l'après-midi. Il faut déjà repartir et laisser des parts de gâteau pour les autres (Marc "Cyclosportissimo" entre autre qui souffre de la chaleur mais avance tout de même bien).
Merci Nicolas.
En attaquant les gorges de Trente-pas, nous entendons des appels, c'est le premier "contrôle secret" que nous avons bien failli rater.... Arrêt pointage, collation et remplissage des bidons (Pascal est alors 26 min devant nous).
Pendant cet arrêt, 3 BRMistes arrivent, Michel (Nice) qui est un peu dans le dur et me dit qu'il ne pourra pas nous suivre, un jeune Ukrainien et un Sud-Africain. Nous repartons tous ensemble à l'assaut du col de la Sausse. Michel ne suis plus, il va rouler à son rythme et a suffisamment d'expérience pour bien gérer son parcours. Notre rythme est correct, plus raisonnable par rapport à la longueur de ce brevet. Malgré cela, le jeune Ukrainien ne suit pas et le "Sud-Af" lâche aussi avant la bascule du col. Nous sommes à nouveau 2, mais nous ne faisons qu'un tellement notre gestion dans l'effort est proche. Peu avant le col de Lunel, nous retrouvons
Jacques, un autre "Cyclosportissimo" que nous connaissons bien et qui vient faire quelques dizaines de kilomètres avec nous, en régional de l'étape. Jacques est un formidable rouleur, et en plus avec un bon vent favorable jusqu'à Chabeuil, nous sommes rarement sous les 40 km/h (et remontons la moyenne roulée au-dessus de 30). Arrêt boissons fraiche à Crest,
Merci Jacques, et une photo souvenir à Chabeuil ou notre loco de fin d'après-midi doit bifurquer.
Nous prévoyons de profiter de cette belle soirée pour faire un pic-nic au bord de la route, mais pour cela, il faut trouver un commerce ouvert, et 19h30 approche.
A Eymeux, nous nous arretons faire des courses dans la superette du village, et le gérant nous dit qu'un autre cycliste a également fait des courses il y a 20 minutes. Je lui demande s'il avait l'air fatigué : "pas spécialement" me répond t'on... c'est Pascal.
Devant la superette, en chargeant nos sacoches, nous voyons passer 2 cyclistes chargés (de bagages) il s'agit de l'Ukrainien et de
Christiaan (le Sud Africain).
Nous poursuivons notre route en direction de Roybon (second pointage) et décidons de rouler tant que la luminosité le permet, nous ferons notre arrêt casse-croute en nocturne, ceci afin d'économiser un peu nos batteries de phares.
Roybon, (il est 20h45) nous pointons à la pharmacie de garde avant de manger notre sandwich sur une petite murette. Je n'ai pas faim, je me force, mais ne peux terminer mon casse-croute que je remballe, on verra plus tard.
Direction maintenant le col de la Croix de Toutes Aures, que j'ai découvert en février lors du WE d'AG de l'association "Cyclosportissimo".
Au sommet, un panneau lumineux nous annonce le second contrôle secret, tenu par Sophie elle-même. Nous retrouvons alors l'Ukrainien et notre amis Sud d'Af. Nous remplissons les gourdes et mangeons un peu (c'est l'heure du dessert), avant de remercier Sophie et de lui souhaiter bon courage, la fermeture du contrôle étant prévu pour 8h00 le lendemain matin.
Nous repartons donc à 4, (Pascal est alors 34 minutes devant nous) dans cette descente noire, à la lumière de nos phares. En bas nous ne sommes plus que 3, l'Ukrainien ayant sans doute descendu plus tranquillement.
Christiaan roule en permanence derrière nous, avec son phare éteint. Nous apprendrons plus tard qu'il souhaite économiser son éclairage n'ayant que 4 heures d'autonomie globale... un peu court je trouve pour un 1000 du Sud....
Les kilomètres défilent, nous roulons bien. Je pense rejoindre Pascal en Chartreuse à la faveur d'un de ses arrêts.
Le premier vrai col difficile du parcours se profile, le col du Cucheron. dès les premières rampes, Thomas est costaud tout comme Christiaan, et pour ma part, je pense que je paye ma déshydratation de l'après-midi... je monte à mon rythme, un peu comme je peux. St-Pierre de Chartreuse, puis le sommet (Nous venons de passer le 400ème km). Je me couvre pour la descente en pleine nuit. Pointage photo à St-Pierre-d'Entremont et en avant pour le second col de Chartreuse, le Granier. Je suis un peu mieux, les sensations, sans être excellentes, reviennent un peu. Dans une partie plus roulante, des milliers de papillons blancs sont présent, peut-être attirés pas nos puissants phares... Heureusement que nous avons nos lunettes, je n'ai jamais vu une telle nuée, c'est incroyable et limite effrayant....
Passage du col du Granier vers 2h du matin, descente vers Pontcharra. A la sortie de cette bourgade, en traversant une cimenterie qui fait un bruit d'enfer au milieu de la nuit, Christiaan, qui semble moins bien depuis quelques temps, me dit "Sleep, sleep...". Personnellement, je ne trouve pas que c'est le meilleur endroit pour faire un arrêt sommeil, je lui souhaite bonne route pour la suite avant de poursuivre la mienne en compagnie de Thomas. Nous grimpons maintenant le col du Grand Cucheron à un bon rythme (pour des cyclos chargés et ayant 470 km dans les jambes...) Peu avant le sommet, un panneau des "Randonneurs de Provence" agrémenté d'un flash rouge nous annonce un 3ème contrôle secret... Nous allons avoir des nouvelles sur l'avance de Pascal.
Ce contrôle est tenu par un couple, bien au chaud dans leur camping-car. A peine arrivée, on nous annonce que nous sommes les premiers.... Qu'est devenu Pascal ? Impossible de passer sans voir le contrôle secret, nous pensons donc l'avoir dépassé sur un arrêt (ravito ou sommeil) sans l'avoir vu.... Nous apprendrons plus tard, qu'il a fait une erreur de parcours juste avant la Chartreuse et que nous sommes passé devant à ce moment-là pour quelques minutes....
Nous nous apprêtons à repartir après 30 minutes d'arrêt lorsque débouche dans la nuit noire un cycliste... Pascal.... non, il s'agit encore de Christiaan, qui oublie de pointer pour vite repartir avec nous. Nous sommes à nouveau 3 (mais encore sans Pascal).
Longue descente en direction de la Maurienne, descente que je fais souvent en tête, suivi de Thomas et Christiaan qui ferme la marche toujours avec ses phares éteints. Je me souviens bien de la mise en garde de Pascal dans les descentes nocturnes en forêt concernant les bêtes sauvages, je reste attentif malgré la vitesse. Je n'ai pas du tout sommeil, et la concentration reste très bonne.
Nous entamons la vallée de la Maurienne avec les premières lueurs du jour, toujours aussi magique ces instants, même si la vallée n'est pas spécialement belle.
Peu avant St-Jean-de-Maurienne, Christiaan n'est plus dans nos roues... pas devant non plus.... Nous continuons jusqu'à St-Jean ou nous décidons de faire un arrêt boulangerie ou les pains au chocolat descendent presque aussi vite que nous dans un col Alpins... Christiaan arrive et fait comme nous.
A propos de col Alpin, après encore 10 km de vallée, il va falloir escalader le duo Télégraphe-Galibier, le gros morceau du parcours...
La montée jusqu'à Valloire se fait à 2 avec thomas, Christiaan est un peu derrière... comme souvent dès que la route se cabre.
Pointage à Valloire à 9h40 (dans mon plan de route prévisionnel, je passais là à 8h55... Nous étions en avance en début de parcours mais ensuite, j'ai été un peu trop optimiste...)
Je me brosse les dents avec mon kit brosse minimaliste et tube de dentifrice 2 doses... qui font bien sourire Thomas, Christiaan arrive et nous repartons.
A plan Lachat, la route monte vraiment fort, Christiaan est à nouveau lâché, je monte avec Thomas jusqu'aux granges du Galibier ou le 4ème contrôle secret est installé.
Arrêt express, nous repartons. Un cycliste "léger" me double, je prends sa roue pour rejoindre Thomas un peu devant, mais je paye très vite cet effort. Avec Thomas, nous pensons voir Sophie au sommet, il n'en sera rien. Le sommet est en vue, je force. Je me permet tout de même de faire une boucle sur la route devant le photographe afin qu'il puisse me prendre en photo avec la plaque "1000 du sud" bien visible sur ma sacoche. Au niveau du tunnel, il reste 1 km très dur, Thomas est 1 min devant. 11h57, je ne suis pas loin et me met au défi d'arriver avant midi... 11h59, je suis au sommet. Rapide collation, photos souvenirs, Christiaan arrive et nous repartons pour une belle et longue descente. Le début est même assez frais, puis à partir Villar-d’Arêne, la température devient bonne. Peu après La Grave, nous empruntons la route de secours qui passe par l’autre rive du lac du Chambon dont le tunnel de la voie classique s’affaisse petit à petit depuis plus de 2 ans… Cette route est étroite, mais fort bien goudronnée, à l’ombre et offre de belles pointes de vitesse (72 km/h). Juste avant de sortir de cette route de secours, nous croisons Sophie, on ne peut la rater, avec sa voiture de mon âge équipée d’un coffre de toit dont on se demande si ce n’est pas un cercueil….
On s’arrête pour la saluer, elle monte bien au Galibier, mais est partie du contrôle secret n°2 plus tard que prévu à cause d’un carburateur récalcitrant…. Elle nous demande si l’on pense arriver avant midi le lendemain (comme calculé sur ma feuille de route prévisionnelle). Nous avons un peu de retard, et je pense que nous risquons plus d’en cumuler encore, plutôt que de le rattraper…
Nous repartons rapidement avec l’intention de faire une bonne pause « repas salé » à Bourg-d’Oisans.
Nous nous arrêtons donc tous les 3 dans un snack du centre-ville. Hamburger frites coca et re-frites… pendant ce temps notre compagnon de l’hémisphère sud commence par une glace…
Nous apprenons, via les réseaux socios, que Pascal a crevé et qu’il n’a plus de boyau de rechange… J’en profite pour m’appliquer un patch anti-inflammatoire sur le genou droit, non que j’ai mal, mais je ressens parfois une légère gène et comme il reste 400 km, je préfère anticiper.
Nous repartons vers 14h25, le plus dur en terme de dénivelé est fait. La chaleur est alors étouffante, plein des bidons à Rochetaillé (j’avais repéré les aspects pratiques cet été lors d’une sortie Grenoble – Briançon) et nous sommes rapidement au pointage de Séchilienne. Point de commerce dans ce village, c’est donc en profitant les pieds dans l’eau de la fontaine que nous pouvons répondre à la question secrète.
S’ensuit alors une longue montée fraichement gravillonnée ou l’on ne peut s’empêcher de penser à Pascal qui ferait bien d’acheter un boyau avant de mettre les siens sur cette route…
En direction de La Mure, le vent est léger, mais plutôt favorable, c’est assez rare pour être souligné. Nouvel arrêt boulangerie (en rédigeant ce compte rendu, j’ai l’impression que l’on ne fait que manger pendant 1000 km !!! C’est un peu vrai, il faut bien recharger toute l’énergie dépensée), puis magnifique descente jusqu’à la traversé du Drac par le fameux pont de Ponsonnas (haut lieu du saut à l’élastique). Juste après le pont, virage à gauche et grosse montée ou l’on doit tout mettre à gauche justement… A ce moment, les jambes tournent bien, l’approche et la montée du col du Festre se feront plutôt bien. Nous atteignons ce point de contrôle au coucher du soleil, dans une lumière indescriptible.
Le restaurant de la Maison du Festre est le haut lieu de passage du 1000 du sud lors de chacune des 6 éditions, le restaurant prolonge son ouverture pour permettre aux randonneurs cyclistes de se restaurer correctement, avant la seconde nuit pour nous et probablement dans la nuit ou au matin pour les autres. Nous pointons nos cartes de route en commandant un plat chaud.
Assis en face de Christiaan, je le trouve bien « entamé » et me demande comment il va passer la nuit…. Il faut dire que je n’ai pas de miroir, mais il se fait peut être la même réflexion à mon sujet…
La nuit est tombée, je trouve cet arrêt de plus d’une heure un peu trop long, et dès le début de la grande descente, j’ai froid. Cette descente est vraiment magnifique, j’aurais du en profiter pleinement sans 2 épisodes qui m’ont fait une grande frayeur. Je me méfie des bêtes sauvage, mais descend tout de même à vive allure lorsque je suis pris d’un frisson involontaire qui engendre un guidonnage impressionnant et difficile à maitriser. En freinant doucement et en reportant le poids sur l'avant, tout reviens dans l’ordre, mais j’ai vraiment eu peur de la chute à 60 km/h (et Christiaan qui est toujours collé derrière moi sans lumière….). Quelques centaines de mètres plus loin, re-belote… Thomas est loin devant, et quand je le rejoins, il a la banane jusqu’aux oreilles et me dis qu’il s’est vraiment régalé sur cette descente…. Ben pas moi…
Nous traversons Veynes et retrouvons des petites routes assez vallonnées en direction du col de Faye. Juste après celui-ci, un nouveau contrôle secret (le 5
ème), Sophie a vu grand cette année. Nous discutons un peu avec le monsieur, dont la femme dors dans une tente toute proche. Il faut dire qu’entre les premiers et les derniers passages à cet endroit, il peut y avoir plus de 24 heures d’écart…. Ça doit être long d’attendre le passage de 50 cyclos sur une telle plage horaire….
Ensuite, nous traversons la Durance, et je retrouve des routes que je connais, cela me semble plus facile, j’ai des repères, et je sais à quoi m’attendre dans les kilomètres suivants.
Nous roulons tous les 3 à bonne allure en se relayant à 2 avec Thomas… Nous refaisons un arrêt fontaine proche de Tallard, et Christiaan s’assois sur un banc, il semble vraiment au bout de rouleau, mais s’accroche toujours à nos roues et à nos lumières dès que nous repartons.
Espinnasse, et nous commençons la montée du col des Fillys, col récemment intégré au parcours en raison de travaux sur la route prévue initialement. Je sais ce col dur (14 km à 5% de moyenne, mais une partie redescendante fausse la pente moyenne et il y a des passages à 12-13 %) et je l’attaque de façon tranquille, si je peux j’accélèrerai ensuite…
Thomas semble facile, ce n’est vraiment pas le cas de Christiaan qui est rapidement quelques mètres derrières. Il faut vraiment appuyer sur les pédales pour avancer. Nous montons maintenant à 2, et au sommet du premier col (col de Charamel), Christiaan n’est plus derrière nous, arrêt besoin naturel, toujours personne. Il a de l’expérience, nous repartons à 2 pour finir ce col et basculer sur Seyne-les-Alpes. La descente est horrible de par la qualité de la route, complètement défoncée et gravillonnée, nous sommes terriblement secoués (après, il faut dire 800 km dans les jambes… et les bras).
Pointage photo à Seyne-les-Alpes sous le panneau d'entrée de ville, il est 02h40.
Lors de ma rapide préparation de cette aventure, je savais que je risquais d'avoir besoin de dormir un peu à ce moment-là, et j'ai repéré via "street view" les banques qui peuvent nous offrir un sas pour être à l'abri lors d'une pause sommeil. J'avais donc visualisé la banque à l'écureuil... Je me dirige donc vers le sas, il fait 1m².... un peu juste pour dormir à 2... nous cherchons autre chose, un local poubelle... pas terrible coté odeur.... un sas du Crédit A. qui semble même très grand... malheureusement, il est fermé entre 22h00 et 6h00....
Nous hésitons à repartir en direction de Digne, mais cela nous fait presque 1h30 de route, pas sûr de tenir coté sommeil. Même si je n'ai pas eu de grosses alertes sommeil, je préfère rester prudent et faire une petite pause sommeil préventive qui nous permettrais de repartir vers 4h en tenant jusqu'aux premières lueurs du jour.
Finalement, nous trouvons un petit renfoncement couvert devant la maison des jeunes. Habillement avec toutes les couches que j'ai, couverture de survie, bouchons d'oreilles et réglage du réveil pour dans 1 heure. Thomas s'endort en 3 secondes, et quand je dis 3, ce n'est pas 8 !!!
4h00, le réveil sonne mais ne me réveille pas, en effet, je suis déjà réveillé depuis quelques minutes en raison du froid qui me saisis. On se prépare rapidement avant de repartir vers le sud. Il fait 6°c et heureusement la route monte en direction du col de Maure, cela permet, non de nous réchauffer, mais au moins de ne pas se refroidir davantage. Nous descendons ensuite en direction de Digne par les Clues de Barles, dommage de passer de nuit, cela semble beau. Au fur et à mesure que nous descendons la température remonte jusqu'à être correcte à l'entrée de Digne-les-Bains. Sortie de Digne, sur des routes que je connais, les lumières du jour se détachent par-dessus les sommets, nous avons passé notre seconde nuit en ne dormant que moins d'une heure. J'aurais aimé passer celle-ci sans pause sommeil, mais la raison a été plus forte, même si je pense que j'aurais pu le faire... Nous pédalons en direction de Barrême ou nous avons la ferme intention de dévaliser la première boulangerie ouverte. Thomas en connais une, mais il émet des doutes sur son ouverture, non pas par rapport à l'horaire (il est 7h00), mais par rapport aux congés annuels. En arrivant dans le village, la boulangerie en vue est bel et bien fermée... heureusement une autre est ouverte à peine plus loin. Nous rentrons et prenons 4 pains au chocolat, 2 tartes aux oignons (un peu de salé, c'est bon) et un pain au chocolat avec crème d'amande et amandes en plus pour Thomas. Nous mangeons rapidement sur la petite table devant le commerce, puis je retourne prendre aussi un pain au chocolat avec crème d'amande et amandes.... Il reste alors 120 km, comme une sortie du dimanche matin... et nous commençons à envisager une arrivée entre 12h00 et 13h00.
Nous repartons vers 7h45, et rapidement je ressens une douleur au genou droit, je change de braquet afin de pédaler moins en force, et dis à Thomas que je souhaite rester un peu dans sa roue pour ne pas forcer. 10 minutes plus tard, la douleur a quasiment disparue, et au pointage de St-André les Alpes (vers 8h25) je ne sens absolument plus rien. Peut-être est-ce dû au redémarrage post-boulangerie avec des températures assez basses... je ne saurai jamais. Nous longeons ensuite le lac de Castillon avant la descente sur Castellane. Un petit arrêt pour se découvrir avant de remonter par une petite route très belle qui serpente dans des gorges avec une petite rivière limpide qui coule de vasque en vasque. Dans la descente suivante, je remets mon GPS en mode suivi de la trace car désormais je ne connais plus les routes empruntées, et là, celui-ci se plante... Je l'éteins en espérant pouvoir récupérer ma trace et au redémarrage il est noté 940 km... ouf, je n'ai rien perdu, ou du moins je le crois. En effet, au moment de ma pause sommeil à Seyne-les-Alpes, j'ai éteins mon compteur pour préserver l'autonomie, et depuis le redémarrage post-sommeil, il n'a jamais acquis les satellites jusqu'au dernier redémarrage. J'ai donc une trace "à vol d'oiseau" entre Seyne et Jabron, mais le kilométrage est bon grâce au capteur annexe de vitesse / cadence.
Juste avant Comps-sur-Artuby, nous empruntons un petit bout de route que nous avions fait ensemble avec Thomas lors de notre première sortie commune, le BRM 400 en 2014. Que de kilomètres faits ensemble depuis, et toujours avec autant de plaisir.
Grande descente sur Chateaudouble, ou dès que la pente redeviens positive, nous sommes happé par une chaleur étouffante. Heureusement, les 25 derniers km sont plutôt facile avec de grandes descentes. Dans les 10 derniers km, j'ai les jambes de feu, à chaque petite relance, j'appuis sur les pédales comme si j'étais sur une sortie courte, je me fais encore plaisir malgré les plus de 1000 km engloutis.
13h14, nous arrivons à notre point de départ après 1009 km et 16500 mètres de dénivelé positif.
Magali est là pour m'accueillir.
Merci Magali. Remerciements :A Thomas pour cette belle aventure vélo, vécue ensemble à notre rythme commun, sans doute ma plus belle aventure vélo,
A Pascal pour ce début de parcours réalisé ensemble à vitesse grand V et pour ta passion, ton expérience partagée,
A Sophie et à toute l’équipe d'organisation présente au départ, aux contrôles secrets et à l’arrivée,
Aux autres participants qui permettent à ce beau brevet, qui devient référence, de perdurer,
Aux soutiens amicaux (SmS, FB, Strava….),
Enfin bien sûr à Magali, Bastien et Thibaud qui me permettent de m’entrainer au quotidien pour vivre ce genre d’aventure fabuleuse.